Résonances
Le vivant est traversé par des organisations dont nous ne percevons souvent qu’une infime partie.
Une feuille, une fleur, une mousse ou une écorce nous apparaissent d’abord comme des formes familières. Pourtant, lorsque le regard s’en approche et que l’échelle change, d’autres structures se révèlent : ramifications, répétitions, symétries, réseaux, lignes de croissance, centres et périphéries composent des architectures d’une grande complexité.
La série Résonances est née de l’observation de ces organisations.
À partir de photographies réalisées dans le monde végétal, je travaille l’image par la composition et la symétrie. Des structures issues d’une même matière se répètent, se prolongent, se rencontrent et se répondent.
Comme dans Présences, la symétrie agit comme un révélateur. Mais ici, elle ne fait plus émerger une présence : elle met les formes et les structures en relation.
Progressivement, l’image s’éloigne de ce qu’elle représentait initialement. Une feuille n’est plus seulement une feuille, une écorce n’est plus seulement une écorce. De leur réorganisation apparaît une nouvelle entité, avec ses propres structures, ses rythmes et ses correspondances.
À partir d’un fragment du monde réel semble alors naître un autre monde.
Ce nouvel espace peut évoquer une cellule, une rosace, un cristal, un mandala, une cartographie, un organisme ou parfois quelque chose qui semble appartenir à une échelle beaucoup plus vaste.
Mais ces rapprochements ne sont pas identiques pour chacun.
Face à une même photographie, nous ne reconnaissons pas nécessairement les mêmes choses. Une image pourra rappeler à quelqu’un une structure microscopique, à un autre un paysage, une architecture ou une forme cosmique. Elle pourra aussi faire surgir un souvenir, une sensation ou une impression plus difficile à identifier.
Certaines de ces associations sont immédiates et conscientes. D’autres semblent apparaître sans que nous sachions véritablement d’où elles viennent.
C’est précisément cet espace qui m’intéresse.
Dans Résonances, les formes ne résonnent pas seulement entre elles. L’image entre également en résonance avec celui qui la regarde.
Elle rencontre ce que chacun connaît, a observé, vécu, imaginé ou peut-être simplement conservé quelque part dans sa mémoire.
Je ne cherche donc pas à établir une équivalence scientifique entre les formes qui peuvent être évoquées par ces photographies. Une structure végétale n’est pas une cellule parce qu’elle lui ressemble, pas davantage qu’elle ne devient une galaxie parce que notre regard y reconnaît une organisation qui nous la rappelle.
Ce qui m’intéresse se situe ailleurs : dans notre capacité à établir des correspondances entre des réalités éloignées et dans ce qui se produit lorsque l’image devient le point de départ de ces associations.
Pourquoi une forme nous en rappelle-t-elle une autre ? Pourquoi certaines images nous semblent-elles étrangement familières alors même que nous ne les avons jamais vues auparavant ?
Résonances explore ainsi un double mouvement : celui des structures qui, par leur mise en relation, font apparaître un nouvel ensemble, et celui de notre perception qui cherche, consciemment ou non, des correspondances avec ce qu’elle connaît déjà.
Chaque photographie devient alors un territoire ouvert.
Le monde qui y apparaît est le même pour tous dans sa matérialité, mais il ne résonne jamais exactement de la même manière en chacun de nous.
Peut-être est-ce précisément là que commence la résonance : dans cet espace entre ce que l’image nous donne à voir et ce qu’elle fait surgir en nous.