
L’Architecture du Vivant
L’œuvre fondatrice, 2010
Huile sur toile de lin montée sur châssis
54 x 87 cm
À cette époque, je venais de la photographie, du design en carton et de la marqueterie. Pendant plusieurs années, j’avais construit des objets et cherché comment des éléments simples pouvaient s’assembler pour former un ensemble cohérent. J’ai alors ressenti le besoin d’explorer un autre territoire : la peinture.
Je ne savais pourtant pas ce que j’allais peindre. Les sujets traditionnels ne me correspondaient pas. Je ne cherchais ni à représenter un paysage, ni une nature morte, ni une figure. J’avais simplement l’intuition qu’en partant d’éléments très simples, quelque chose pouvait émerger.
Je suis entré dans un magasin de fournitures artistiques et j’ai acheté quatre tubes de peinture — noir, rouge, jaune et blanc — ainsi qu’une règle, un crayon et une toile. Je n’avais ni esquisse, ni concept, ni composition en tête.
Les premières lignes sont apparues naturellement. Trois carrés orientés en losanges se sont imposés, puis les couleurs ont trouvé leur place. Ce n’est que le lendemain, en observant cette première peinture, que j’ai commencé à comprendre ce qui venait de naître. Le blanc créait un espace de respiration, le jaune une présence lumineuse, tandis que le noir lui répondait comme une polarité opposée. Les lignes demeuraient visibles, distinguant la structure de ce qu’elle accueillait.
Cette première œuvre n’apportait pas une réponse. Elle ouvrait une question.
À partir de ce moment, j’ai dessiné près d’une centaine de compositions. Chaque œuvre devenait une étape d’une même recherche, dans laquelle les formes, les couleurs et leurs relations évoluaient selon une logique interne.
Progressivement, les tensions se sont atténuées et les formes simplifiées. Les trois losanges sont devenus un seul. Le noir s’est peu à peu effacé. Le blanc a occupé une place croissante, tandis que le jaune s’est concentré jusqu’à devenir un cœur au sein d’un vaste espace. Cette évolution ne répondait pas à une volonté de simplification formelle, mais à la progression naturelle de la recherche.
L’Architecture du Vivant est une recherche plastique sur les principes d’organisation qui rendent le vivant possible. Il ne s’agit pas de représenter le vivant, mais d’interroger les relations qui permettent son émergence.
Chaque peinture explore un équilibre possible, où la relation entre les formes importe davantage que les formes elles-mêmes. La géométrie n’y est ni symbolique ni décorative : elle constitue un vocabulaire de construction. Ligne, couleur et espace participent d’un même système, dans lequel aucun élément n’existe indépendamment des autres.
Ce qui m’intéresse n’est donc pas tant la forme que l’organisation qui la rend possible.
Avec le temps, cette recherche m’a conduit à déplacer mon regard. Après avoir exploré les structures qui organisent le vivant, j’ai éprouvé le besoin d’en observer les manifestations dans le monde sensible : l’eau, la lumière, les végétaux et les phénomènes naturels.
De ce déplacement naîtra une seconde série, Le Mouvement Immobile, prolongeant la même interrogation sous une autre forme.
Au fond, je n’ai jamais cessé de construire. J’ai simplement déplacé le territoire de cette construction.

L’Architecture du vivant – 2011
Acrylique sur toile polyester et coton, montée sur châssis
90 x 90 cm
Œuvre vendue aux enchères à Cannes en 2012 au profit de l’association Adrien.

L’Architecture du vivant – 2011
Huile sur toile de lin montée sur châssis
54 x 87 cm
Collection privée, France