Le Mouvement Immobile

Le Mouvement Immobile – 2023

Acrylique et médiums sur panneau bois
30 x 40 cm


Le Mouvement Immobile est né d’un déplacement du regard.

Après avoir exploré avec L’Architecture du Vivant les relations et les structures qui rendent le vivant possible, j’ai progressivement ressenti le besoin d’en observer les manifestations dans le monde sensible.

Chaque année, je parcours les montagnes, les forêts et les rivières des Alpes avec mon appareil photo. Ces immersions ne constituent pas seulement une pratique photographique : elles sont devenues une part essentielle de mon travail artistique.

Au fil des saisons, j’observe les phénomènes qui transforment continuellement les paysages. L’eau qui circule, érode la roche, transporte puis dépose la matière ; la lumière qui traverse un feuillage, se réfléchit à la surface d’une rivière ou révèle momentanément une structure ; les ramifications d’une plante, les nervures d’une feuille, la croissance d’un arbre ; les traces laissées par le gel, l’humidité, le ruissellement ou la sédimentation.

Ce qui m’intéresse dans ces phénomènes n’est pas seulement leur apparence, mais les forces et les processus qui les produisent. Une veine, une fissure, une ramification, un dépôt, un reflet sont les manifestations visibles de phénomènes souvent imperceptibles à notre échelle : circulation, croissance, tension, érosion, accumulation, propagation, transformation.

La nature m’apparaît ainsi moins comme un ensemble de formes que comme un ensemble de processus en interaction. Ce que nous percevons à un instant donné n’est qu’un état provisoire d’une matière continuellement transformée.

De retour à l’atelier, ces observations deviennent la matière première de mes peintures. Les photographies ne sont pas reproduites : elles constituent une mémoire du terrain. J’y retrouve une circulation, une tension, un rythme, une superposition, une rupture ou une transformation observée dans la nature, puis j’en cherche un équivalent dans la peinture.

Il ne s’agit donc pas de reproduire ce que j’ai vu, mais de traduire picturalement les forces et les processus qui l’ont fait apparaître.

Cette relation au vivant se prolonge dans la matière même de l’œuvre. Formé à l’ébénisterie et attaché au travail manuel, j’ai longtemps réalisé moi-même mes supports en bois. Aujourd’hui, cette attention portée au support, à la matière et à leur mise en œuvre demeure partie intégrante de mon processus de création.

À travers des compositions abstraites faites de lignes, de rythmes, de superpositions et de couleurs, je cherche à rendre perceptibles ces mouvements continus. Les œuvres ne représentent pas un paysage ou un lieu précis : elles proposent une interprétation sensible des phénomènes observés sur le terrain.

C’est dans cette recherche qu’est apparue l’expression Le Mouvement Immobile. Elle désigne un paradoxe qui accompagne mon regard sur la nature : un paysage peut nous sembler immobile alors que tout, en lui, est en transformation.

L’eau circule et façonne la roche. La lumière se déplace. Les végétaux croissent et se ramifient. La matière se dépose, s’érode et se transforme. Les saisons se succèdent.

Ce que nous percevons comme immobile n’est souvent qu’un mouvement dont nous ne percevons pas l’échelle.

Le vivant est mouvement.

La peinture tente d’en saisir une trace.


Le Mouvement Immobile – 2023

Acrylique et médiums sur panneau bois
70 x 100 cm


Le Mouvement Immobile – 2022

Acrylique et médiums sur panneau bois
40 x 40 cm

Collection privée, États-Unis, 2023


Le Mouvement immobile – 2023

Acrylique et médiums sur panneau bois
50 x 50 cm